Total Pageviews

2026-04-15

L'Histoire de la Jamaïque - 20 - PUISSANCE SUCRIERE ECLIPSEE PAR SAINT-DOMINGUE

Creusement des sillons pour la canne à sucre, dans une plantation de Jamaïque au XIXe siècle.


Bien que la production sucrière ait commencé vingt ans plus tôt en Jamaïque, la rivale française Saint-Domingue domine le marché du sucre dès 1700, dès que l'effort de désarmement des flibustiers porte ses fruits. La Jamaïque profite alors d'une plus grande stabilité, mais la Royal Navy, en pleine expansion, coûte de plus en plus cher à entretenir: un quart des recettes publiques britanniques. Londres cherche donc des financements. En 1705, le sucre roux est taxé à hauteur de 342 %, un niveau jugé prohibitif. Entre 1688 et 1713, les impôts passent de 3 % à 9 % du PIB britannique. La Jamaïque est la première victime de la hausse des impôts indirects, lors de la création d’un « board des colonies » en 1696, qui se traduit par l'embauche progressive de 6 900 agents du fisc, chargés de contrôler des taxes élevées, en particulier sur les réexportations de sucre.

Le Sugar and Molasses Act de 1733, puis le Sugar Act de 1764 vont cependant alléger la note. L'année 1734 voit la reprise de l'essor sucrier en Jamaïque : la production passe de 12 millions de livres à 40 millions soixante ans plus tard. Mais le retard sur Saint-Domingue est loin de se combler. Même à ce moment-là, la Jamaïque est jugée beaucoup moins productive : son sol est sablonneux, les taxes plus élevées, les planteurs très endettés, faute de capital de dépar. Au XVIIIe siècle, la rentabilité, après impôt, des plantations jamaïcaines est deux à trois fois plus faible que celles de Saint-Domingue. Dernier facteur mais non des moindres, les révoltes d'esclaves y sont favorisées (révolte de Tacky en 1760) par l'existence d'un sanctuaire, dans la région du Pays Cockpit.

La révolution haïtienne qui débute à Saint-Domingue (colonie française) en 1791 redonne un avantage à la Jamaïque, qui devient premier producteur mondial de sucre en 1810, année où sa population d'esclaves noirs dépasse 350 000 personnes, avant que l'abolition de la traite négrière de 1807 ne stoppe le mouvement. À la fin de la décennie 1790, l'ensemble des îles de la Caraïbe britannique font immigrer par an 19 000 esclaves noirs, dont les deux tiers en Jamaïque.

Plus d'un demi-million d'esclaves africains sont débarqués sur l'ile entre 1701 et 1807.

Wikipedia

2026-03-31

L'Histoire de la Jamaïque - 19 - XVIIIe et XIXe SIECLES REVOLTE DE TRACY DE 1760

La révolte de Tacky est une des plus importantes révoltes d'esclaves dans les Caraïbes entre l'Insurrection des esclaves de Saint John de 1733 et la révolution haïtienne de 1793. Elle fait suite aux révoltes de 1673, 1690 et 1745.

Elle est racontée notamment dans l'histoire de l'île d'Edward Long publiée en 1774, les carnets de Thomas Thistlewood, responsable de la paroisse de Westmoreland, où la rébellion avait débuté.

La révolte de Tacky se déroule d'avril à juillet 1760, s'étendant à une grande partie de l'île et causant la mort de soixante Blancs et de plusieurs centaines de Noirs, ainsi que 250 000 livres sterling de dommages matériels. C'est un conflit opposant les esclaves d'ethnie akan (alors appelée « coromantee ») aux troupes de l'Empire britannique en Jamaïque.

Le chef de la rébellion, Tacky, appartient au groupe ethnique des Fantis, chez qui il était parmi les chefs les plus importants (le territoire des Fantis en Afrique correspond au centre de l'actuel Ghana). Aux côtés d'Asante, surnommée la « Reine Nanny » ou « Nana », il organise une insurrection visant à prendre le contrôle de la Jamaïque, afin d'en faire une terre noire libérée de l'emprise britannique. Selon J. A. Jones, officier britannique chargé de négocier la reddition des révoltés, Tacky connaissait très bien l'anglais, chose courante dans les élites Fante de l'époque.

En avril 1760, des esclaves parviennent à s'échapper de leurs plantations dans le cadre d'une opération préparée pour le lundi de Pâques suivant. Le 7 avril 1760, marchant sur Port Maria, fort situé dans la paroisse de St. Mary, le groupe des esclaves évadés tue un garde et vole des armes.

Wikipedia

2026-03-23

L'Histoire de la Jamaïque - 18 - LA JAMAÏQUE IMPORTE 8.000 ESCLAVES PAR AN ENTRE 1680 ET 1688

Alors que la Jamaïque comptait 500 esclaves en 1660, volés sur des bateaux espagnols, leur nombre atteint 10 000 au début des années 1670. La création en 1672 de la Compagnie royale d'Afrique vise à en importer plus, en bâtissant des forts sur le littoral de l'Afrique de l'Ouest: entre 1672 et 1713, en quarante ans, la compagnie y embarque 125 000 esclaves dont 25 000 décèdent lors de la traversée. Malgré ces pertes, sa rentabilité est estimée à 12 % par an. La moitié des déportations de ces trente années s'est faite en huit ans, de 1680 à 1688, pendant lesquels la Compagnie royale d'Afrique a prélevé 61 000 personnes sur les côtes d'Afrique, à bord de 194 navires. Mais 23,8 % des captifs sont morts au cours de la traversée.

La population de la Jamaïque affiche alors la plus forte croissance au monde. La Couronne britannique, craignant les révoltes, incite aussi les capitaines de navires à importer des blancs, dès 1682, en leur accordant une gratification de 168 livres pour ceux venant d'Angleterre, 135 livres pour les Irlandais et 78 livres pour ceux venant d'Amérique. La Jamaïque ne compte que 40 000 esclaves en 1700, pas plus que la Barbade, 20 000 autres étant répartis entre les îles anglaises de Saint-Vincent et Montserrat. Principal frein au développement du sucre, les pirates qui se réfugient dans les multiples criques de Saint-Domingue, se mêlant aux flibustiers français et créant de l'instabilité. Par ailleurs, de nombreux hollandais ont rejoint les pirates, même si leur pays a été refoulé vers le Suriname. La flibuste s'internationalise. En 1684, lors des grands raids pirates sur Panama, elle compte 17 navires et 3 000 hommes rien qu'à Saint-Domingue.

Après 1688, la Glorieuse Révolution britannique déclenche la guerre de la Ligue d'Augsbourg contre la France, fragilisant les plantations jamaïcaines. L'expédition de la Jamaïque est organisée en 1694 par le gouverneur de Saint-Domingue Jean-Baptiste du Casse, directeur de la Compagnie du Sénégal, qui rapporte de l’indigo et 3 000 esclaves à Saint-Domingue, où il lance ainsi la production sucrière, trois ans avant la paix de Ryswick. Le désarmement les flibustiers finit par aboutir. En 1700, la plupart ont fui: refoulés à Belize et aux Bahamas pour les anglophones, sédentarisés au Panama pour ceux de la Colonie française du Darién.

Wikipedia

2026-03-19

L'Histoire de la Jamaïque - 17 - DEUX PREMIERES GRANDES REVOLTES D'ESCLAVES (1673)


En 1673 eurent lieu deux grandes révoltes d'esclaves dont une échoue et est sévèrement réprimée. L'autre, à la St. Anne Plantation, voit 300 esclaves s’échapper vers le « Pays Cockpit », déjà occupé. Plus tard, en 1685, la Widow Grey Plantation connut une révolte qui permit à 150 esclaves de s’échapper et, en 1690, c'est de la plantation Sutton que 400 fugitifs ont réussi à s'enfuir. Les villages de fugitifs d'Accompong et Cudjoe's Town (Trelawny Town) puis Me-no-Sen-You-no-Come, dont situés ainsi dans le Pays Cockpit.

Les nombreux raids opérés la nuit contre les plantations permettaient de se procurer des armes aux esclaves, mais aussi des femmes et des outils introuvables dans la jungle. Les fugitifs recouraient plus fréquemment à des échanges discrets avec les esclaves toujours en captivité. Plus généralement, la politique d’isolement adoptée par les « marrons » jamaïcains leur a permis de croître dans la complexité politique et sociale et à des générations de naître dans des villages marrons plutôt que dans des plantations grâce à des terres adaptées et une production agricole autosuffisante.

Avec la croissance démographique et l’expansion de la chasse et des terres agricoles, les « marrons » qui n’étaient pas nés dans les plantations ont établi un sentiment d’identité et de capacité à négocier leurs liens avec la Grande-Bretagne. Les propriétaires étant souvent absents, car vivant en Angleterre, les Marrons communiquaient presque quotidiennement avec les esclaves des plantations, échangeant des produits alimentaires qu’ils avaient cultivés contre des outils, des armes, des textiles et des casseroles. Il leur fallait recruter de nouveaux membres car le taux de mortalité dans les montagnes était élevé.

Wikipedia