Arrivée des planteurs de la Barbade et du Suriname
La restauration anglaise de 1660 renchérit la spéculation immobilière à la Barbade, où une demi-douzaine de grands planteurs de sucre sont anoblis. Les officiers supérieurs jacobites s'intéressent alors à d'autres îles et à la fourniture d'esclaves à l'Espagne catholique, à qui le traité de Tordesillas interdit d'aller en Afrique. Le roi Charles II créé en 1660 la Compagnie des aventuriers d'Afrique, en l'honneur de laquelle est frappée une pièce d'or, la guinée. La production de sucre de la Barbade dépasse déjà celle du Brésil. Chaque année, 200 navires en ramènent 15 000 tonnes à Londres. Sur cette île minuscule, la terre devient rare et chère. Les planteurs réclament la possibilité de s'étendre ailleurs. Plusieurs s'installent dès 1664 dans la Province de Caroline, menés par un ex-gouverneur de la Barbade. Un autre ex-gouverneur de la Barbade, Thomas Modyford, est chargé par le roi Charles II d'enseigner l'art de planter la canne à sucre aux flibustiers de la Jamaïque, où il s'installe avec 700 esclaves et devient gouverneur. Il est nommé directeur de compagnie des aventuriers d'Afrique. Son frère, le colonel James Modyford, l'accompagne. Mais beaucoup de flibustiers ne désarment pas. Ils craignent que les espagnols ne volent leurs bateaux pour les empêcher de commercer avec les ports de la Nouvelle-Angleterre protestante, en Amérique du Nord. En 1666, Thomas Modyford se fait mal voir par Charles II, à qui il tente d'expliquer qu'il risque de se mettre à dos les flibustiers et les pousser chez les Français de l'île de la Tortue et son gouverneur Bertrand d'Ogeron.
En 1664, la deuxiëme guerre anglo-néerlandaise oblige Londres à céder le Suriname aux Hollandais, qui l'ont emporté lors du conflit militaire: 1 200 autres colons anglais sont alors appelés par Thomas Modyford en Jamaïque pour développer le sucre. L'Espagne reconnait à l'Angleterre la possession de la Jamaïque par le Traité de Madrid en 1670, pour l'encourager à se concentrer sur la guerre contre la Hollande, peu présente dans la Caraïbe, et occuper ainsi les flibustiers jamaïcains, qui créent une insécurité pour les espagnols et les planteurs de sucre.
Le gouverneur de la Jamaïque pousse alors les premiers planteurs de sucre à commercer avec la Virginie catholique, où des milliers de jacobites fidèles au roi Charles Ier s'étaient installés dès les années 1640, et où vient d'être votée la Loi virginienne de 1662 sur l'esclavage. L'idée est aussi d'échanger des esclaves: à partir de 1670 la Virginie compte 2 000 esclaves noirs, travaillant le tabac. Les liens sont étroits aussi avec la Caroline du Nord, où s'étaient installés en 1663 les grands planteurs de la Barbade comme le colonel Benjamin Berringer et John Yeamans et où le docteur Henry Woodward développe la traite des Amérindiens de Caroline depuis 1670. Dès 1671, la Jamaïque, qui ne comptait que 500 esclaves en 1661, en importe plus d'un millier par an. Ce sera 8000 par an à partir de 1680.
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